“Et frappez-les au-dessus de la nuque”


Ce matin, pendant que j’écrivais ce commentaire et après avoir consulté ma TL Twitter de la veille, je me suis dit que si un jour il m’arrivait d’écrire un Zabor ou un Sator, “Et frappez-les au-dessus de la nuque” serait la première phrase que j’y mettrais. Je vais vous raconter une histoire et vous allez comprendre.

Les journalistes algériens dans مزبلة التاريخ, hasha elli ma yestahelsh

L’année passée pendant le Salon International du Livre d’Alger (SILA – 2016), des sous-doués du journalisme algérien qui se font appeler “Envoyés Spéciaux Algériens”, dont la proximité avec d’autres sous-doués de cette même corporation (i.e. Algérie Focus et Algériepart) n’a fait que les entraîner tous dans les abysses de la médiocrité, ont lancé ou propagé une polémique, une de plus:

Un livre prônant la violence contre la femme serait donc exposé et vendu au SILA. Le scandale! Et sans se poser de question, et peut-être parce que le sujet est croustillant, d’autres ont partagé l’information (il faudra inventer un autre nom pour ne plus utiliser “information”) et parmi lesquels des journalistes sérieux. Disons que ça arrive même aux meilleurs comme, par exemple, à des académiciens de haut rang. Et en effet, à quoi bon vérifier? Le tweet dit bien qu’ “avec un titre pareil, même pas envie de lire l’intérieur car il est certain que les idées véhiculées sont “rétrogrades”“.

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Mais nous vivons dans un monde magnifique qui ne demande qu’à nous informer. Il suffit de poser la question à Google et d’utiliser un peu cette chose qu’on appelle cerveau. On se rapproche de la nuque, ne vous inquiétez pas. @HikayaJamila et @LalateLebnat l’avaient fait à l’époque, avec brio. Premièrement, l’auteur (عبد الحميد أحمد أبو سليمان) du livre en question n’est pas un rigolo et obscur ou moins obscur mufti comme ceux que l’Arabie Saoudite et ses voisins, mais pas seulement, ont l’habitude de nous servir. Lisez sa bio sur Wiki. Deuxièmement, le titre est accrocheur, marketing oblige, pour attirer le lecteur car ce sujet a l’air d’être central pour beaucoup de monde. Mais si on se souvenait qu’on était journaliste, ou si on avait un petit esprit curieux ou si, pour ceux qui aiment les proverbes, on se rappelait “l’habit ne fait pas le moine” ou “ne pas juger un livre par sa couverture“, et qu’on lisait le livre, on verrait que l’auteur fait une interprétation toute différente du mot ضرب dans le verset qui nous intéresse. Je vous laisse lire son article dans lequel il précise son idée. Voici une capture de la conclusion pour la postérité… et les fainéants.

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Et d’ailleurs, cette interprétation qu’il fait lui a valu beaucoup de critiques et certains ont pris la peine de répondre à son livre, comme ici.

Le commissaire du SILA dans مزبلة التاريخ

Il n’y avait donc pas de quoi polémiquer au sujet de ce livre mais la controverse était lancée et ne pouvait être arrêtée. D’ailleurs le commissaire du SILA est revenu dessus dans l’émission “قهوة وجرنان” que regarde notre cher premier ministre.

Et dans cette émission, le commissaire fait deux choses:

  • Il minimise l’impact de ce livre en nous précisant sa petite taille en centimètres (il ne doit pas connaître “size doesn’t matter“).
  • Il dit qu’en voyant l’état des femmes battues, comme si elles avaient été écrasées par un camion, il pense qu’un livre expliquant comment le faire peut être utile. Et très maladroitement et hors propos, il tente l’humour en disant que parfois l’homme est également battu.

Cette réaction nous dit qu’un commissaire d’un salon international qui faisait l’objet d’une polémique n’avait pas pris la peine de lire le livre en question (ses services je veux dire) et de rétablir la vérité. Quelle incompétence!
Elle nous dit également qu’il trouve acceptable de frapper sa femme (ou son époux) et il justifie l’intérêt d’un livre expliquant comment le faire (car, je le rappelle, ce n’est pas le cas du livre en question) par une ânerie. Et c’est important d’éviter ce type de messages dans un contexte où beaucoup d’Algériens pensent que c’est ok de battre sa femme.

Et qu’avons-nous à cause de cette vidéo de 37 secondes? Des appels à boycotter le SILA de cette année.

Les intellectuels algériens dans مزبلة التاريخ, hasha elli ma yestaheslh

Oui, boycotter le Salon International du Livre d’Alger. Rien que ça!

C’est parti d’un post sur son mur Facebook de l’auteur algérienne Sarah Haidar qu’elle a mis sur Change pour lancer une pétition qu’elle adresse aux “éditeurs, les intellectuels, les auteurs, et les intellectuels et lecteurs algériens et étrangers”. Cette pétition est signée, au moment d’écrire ce post, par 292 personnes parmi lesquels on trouve des gens connus, des écrivains, des journalistes, etc. Et des journalistes sur Twitter qui ont l’habitude de commenter tout et rien ont juste fait de partager le lien vers cette pétition sans un mot sur ce qu’ils en pensent. Heureusement que d’autres ont réagi en poussant la réflexion un poil plus loin.

L’année passée, j’ai visité le SILA pour la première fois de ma vie. J’ai adoré. Moi dans un grand espace plein de livres c’est comme Samwell Tarly dans la grande librairie de The Citadel. J’ai adoré voir toutes ces maisons d’édition, tous ces livres divers et variés, absents pour beaucoup de chez mes libraires de Béjaîa (et je pense particulièrement aux romans algériens en langue arabe). J’ai également adoré tout ce monde, des étudiants, des lycéens, des hommes, des femmes et des enfants, des algériens et des étrangers, tous à la recherche d’un livre ou à la découverte d’un autre. Beaucoup, comme moi, venant de loin. Et je ne comprends pas qu’un auteur puisse appeler à boycotter ce qui est, malgré toutes ses  défauts et faiblesses, un des rares évènements culturels qui apportent vraiment du positif en Algérie. Et pour quelle raison? Une ânerie d’un homme qui se trouve être le commissaire de cet évènement.

Ne soyons pas dupes, certains éditeurs sont des propagandistes, d’autres des requins qui n’ont rien à voir avec la littérature, les livres, le savoir. Certains stands/livres religieux propagent des idées dangereuses et d’autres profitent du lecteur (je pense à tous ces livres sur le développement personnel). Mais est-ce que la solution est de les boycotter ou de les censurer? La censure au niveau du ministère de la culture travaille mais on sait bien qu’elle rejette ce que le régime détecte comme menace à sa survie. Il est normal d’interdire les livres qui tombent sous la loi, ceux qui appellent à la haine, au meurtre, etc. Mais pour le reste, la meilleure réponse, et celle qui a une vraie chance de marcher, est d’écrire, de publier, de convaincre…

Je reviens à cet appel au boycott. Si Haidar veut absolument réagir aux propos du commissaire, pourquoi ne demande-t-elle pas des excuses publiques? Ou, si elle est de ces féministes…, sa démission? Pourquoi demande-t-elle le boycott d’un événement dont il est seulement le commissaire? Le SILA n’est après tout pas sa boutique au gars. Et, j’ai une #QuestionInnocente, le livre ayant été vendu l’an passé et la polémique étant déjà là, pourquoi n’a-t-elle pas appelé au boycott en 2016? Pourquoi est-ce qu’elle y était pour signer son nouveau roman?

Ce qui me rassure c’est que beaucoup de ces auteurs algériens, comme les politiques, vivent dans un autre monde que le peuple. Et ce n’est pas parce que Haidar a fait cet appel stupide qu’il sera suivi par la majorité du public.

Et frappez-les au-dessus de la nuque

Je lis donc ma TL, la presse, les réactions et je désespère. J’ai fait un thread il y a quelques jours pour signaler cette ignominie (hommage à Said Bouteflika) que font subir ces journalistes et intellectuels à la notion même de l’intellect. Mais ça ne suffit pas. Hier encore j’ai eu un échange des plus absurdes avec le CM de Radio Maghreb, et le gars n’avait même pas l’air de réaliser les bêtises qu’il racontait. J’espère que son responsable ne va pas lui demander de rédiger des brèves, comme il l’avait fait avec sa précédente CM, ça pourrait lui donner l’idée de devenir journaliste.

Bref, à croie qu’ils n’arrivent pas à voir plus loin que le bout de leur nez. Mais heureusement que j’ai trouvé la solution, et c’est grâce à l’excellent Michael Kyle et son fils Junior de l’excellente série My Wife and Kids: Un coup au-dessus de la nuque.

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3 thoughts on ““Et frappez-les au-dessus de la nuque”

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