Sauvons notre école! D’accord, mais de quoi au juste?


Vous me connaissez, je ne plaisante pas avec les faits, et je vais donc commencer par deux faits incontestables:

  • Twitter tue mon blog à petit feu. Je passe beaucoup de temps chez l’oiseau bleu, je réagis en un tweet, je lis d’autres réactions et je passe à autre chose. Il suffit que l’idée de réagir avec un billet me traverse l’esprit pour que l’impression qu’il est déjà trop tard m’envahisse et me pousse à abandonner. Quand ils sont liés à l’actualité, mes billets ici prennent de ce fait, d’une certaine façon, une valeur spéciale.
  • L’école algérienne est dans un état lamentable. Le constat est fait depuis des années et est très largement partagé. C’est devenu l’objet de tellement de débats, d’écrits, de simples discussions; et beaucoup de monde imputent à cette école malade, au choix, notre sous-développement, la décennie noire, la faiblesse de notre société civile, l’intolérance réelle ou supposée de notre société, ou tout ça et plein d’autres choses à la fois. Ici-même nous avons écrit sur le sujet à plusieurs reprises et de diverses manières (voici une liste non exhaustive s’il vous prend l’envie de lire: 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8).

Mais le sujet est complexe et la passion qui l’entoure n’aide guère. Ajoutons à cela les luttes d’influence et de pouvoir, d’intérêts et de positions divers, les partis pris, la mauvaise foi, l’entêtement des uns et des autres ainsi que les buzz créés et amplifiés par les médias et autres réseaux sociaux. Bref, ne cherchez pas la sérénité et la retenue, ulacit.

Et c’est ainsi qu’un groupe d’académiciens algériens a écrit une contribution publiée d’abord dans le journal Le Soir d’Algérie et partiellement reprise dans le journal français Le Monde sous un titre plus accrocheur pour son lectorat et avec une photo aux insinuations pas très innocentes donnant une toute autre connotation à l’article.

Permettez-moi d’évacuer rapidement deux critiques lues sur Twitter. La première étant la publication dans le quotidien français, version que je n’ai pas lue. La publication isolée et non répétée d’un tel article dans un média étranger ne me dérange pas dans l’absolu mais les points cités dans le paragraphe précédent me gênent. Et par ailleurs, s’il s’agissait de débattre autour de l’école algérienne, il serait à mon avis malvenu et inopportun de le faire via des médias étrangers.
Le second point est que ces intellectuels ne seraient pas représentatifs, voire complètement minoritaires. “Et alors?” suis-je tenté de dire. Ce sont des universitaires, seuls ou en groupe, qui ont bien le droit de dire ce qu’ils pensent et de contribuer; et il serait stupide de les rejeter, surtout qu’ils ne racontent pas que des bêtises. De plus, ils disent clairement ne représenter qu’eux-mêmes; ça nous change de tous ceux qui aiment parler au nom des Algériens.

Je ne connais ni Dourari ni Touati mais les autres sont réputés, pour moi, chacun dans son domaine. Pour n’en citer que deux, quand il ne fait pas dans la littérature, les écrits de Waciny Laredj sont d’un niveau et d’une pertinence supérieurs à et prêtent moins à rire que ceux, par exemple, d’un Amin Zaoui dans le journal Liberté (j’en ris encore en repensant à certains articles). Et Ahmed Djebbar, ancien ministre de l’éducation que j’ai croisé à deux ou trois reprises, est quelqu’un dont j’apprécie la personnalité, les travaux et les idées. Aussi, à moins qu’un commentateur me corrige, je ne pense pas que les auteurs aient cette envie qu’on trouve chez certains de déconnecter l’Algérie de l’espace arabe auquel elle appartient (ils parlent dans l’article de restituer l’Algérie “à sa vocation méditerranéenne et africaine” mais l’un n’exclut pas l’autre). Bref, des gens sérieux censés délivrer un article sérieux. Ce qui explique peut-être que cet article ait été partagé avec tant d’éloges sur Twitter, trop d’éloge à mon avis, vous vous en doutez.

J’en arrive enfin au cœur de ce billet et j’espère ne pas vous avoir déjà tous perdus.

Sur la forme et toujours au sujet du choix du journal. Débattant de l’enseignement de la langue arabe dans l’école algérienne, ces universitaires auraient été bien inspirés de publier ce même article en arabe. Ils avaient les moyens d’écrire en langue arabe et de faire paraitre leur contribution dans un journal arabophone en plus de la version française. Ça aurait eu un très bon effet en élargissant, à l’intérieur du pays et parmi les Algériens, et l’audience et les éventuels intervenants dans un éventuel débat. Car sinon on peut légitimement se demander à qui ils s’adressent. Au public déjà “prédisposé” à être conquis par de telles idées et donc moins enclin à (se) remettre en cause leurs affirmations? Ils ont en tous cas raté une belle occasion d’illustrer leur propos par l’action, surtout qu’ils disent vouloir “trouver une réponse commune”, et (re)tisser un lien entre des cercles habituellement séparés et aux vécus et perspectives différents.

Et maintenant sur le fond. Ça risque d’être fastidieux car je pense que c’est plus efficace de traiter quelques points parmi ceux qu’ils soulèvent dans l’ordre. Faites une pause si vous voulez et revenez pour la suite et fin.

Je reproche deux choses majeures à cette contribution. La première étant que non seulement elle simplifie la réflexion en réduisant les causes à une seule mais elle se trompe sur cette cause unique. Imputer les “tensions politiques et [..] disputes idéologiques extrêmes” auxquelles est sujette la langue arabe à “ceux qui la défendent bruyamment [et qui] ne la conçoivent que comme une langue rituelle et patrimoniale” caricature ces prétendus bruyants défenseurs, les met tous dans le même sac, et oublie qu’il faut au moins deux camps adverses pour causer une dispute, s’auto-alimentant l’un l’autre. Un exemple facile étant ceux qui rejettent la langue arabe car, parait-il, langue de la poésie et de la religion et incapable de porter autre chose. De plus, cette contribution néglige les défenseurs moins bruyants et ceux pour qui cette langue est et doit être plus qu’une langue rituelle et pour qui le contenu qu’elle porte est important, et dont elle n’a pas du tout parlé. L’équilibre et l’objectivité prennent un coup dès le début avec la photo incomplète que nos universitaires nous dressent.

D’un autre côté, ils ont parfaitement raison de dire qu’elle “est, chez nous, mal parlée, mal apprise, parce qu’elle est sans contenu, aussi pauvre et sèche qu’un filet d’oued saharien.”  et que l’état de la culture arabe en Algérie est médiocre, pour les raisons qu’ils citent mais pour d’autres également. Il ne faudrait pas que l’on pense que la médiocrité touche uniquement ce point car, et c’est malheureux de le dire, nous devrions chercher longtemps avant de trouver un secteur qui soit dans un état potable en Algérie. L’excellence ayant comme la sérénité et la retenue plié bagage.

De même, ils ont raison de parler de la beauté et de la richesse de cette langue, des magnifiques œuvres classiques qu’elle fait s’exprimer et de la nécessité de les enseigner à nos élèves, en compagnie d’œuvres plus contemporaines et nationales qui sont également belles. Ce qui élèverait leur goût esthétique (à faire non seulement à travers la langue arabe) mais aussi les tirerait vers le haut et leur donnerait une raison supplémentaire d’aimer cette langue. Je suis kabyle et ne me suis jamais considéré comme un arabe, je ne considère pas plus que la langue arabe est ma langue maternelle. Mais je suis Algérien et la langue arabe est l’une de ses langues. De ce fait, je ne crois pas qu’il faille la trouver belle et géniale pour faire une priorité de son enseignement, son enrichissement et la diversification de son contenu. La beauté de la langue et la richesse de la civilisation me paraissent déterminants quand j’apprends une langue pour le plaisir et la culture, pas quand il s’agit d’une langue de mon pays. Il est question d’identité et d’appartenance et nous avons la chance d’avoir deux belles langues et une histoire riche (même si certains, aveuglés par leur haine, leur étroitesse d’esprit ou leurs peurs, s’emploient à nier une partie ou une autre de cette histoire… Oui j’ai quelqu’un en tête) Et d’ailleurs, la même chose s’applique à Tamazight car, pour le coup et quoique certains naïfs de tous bords puissent penser, ces deux langues font face au même sort et sont absolument négligées par l’État qui ne fait rien pour les promouvoir. Mais promeut-il quoique ce soit en dehors de ses intérêts?
Et les signataires de l’article le disent un peu quand ils déclarent qu’en “soixante ans d’existence, l’école algérienne n’a rien enseigné de tout cela“. Comment persistent-ils à penser que c’est à cause des “bruyants défenseurs” de la langue arabe. Sur cinquante-quatre ans?

Ce qui m’amène à mon second bémol qui suffirait seul à discréditer l’article. Ils parlent de et critiquent la théorie selon laquelle la langue arabe serait sacrée. Je suis loin d’avoir tout lu mais je n’ai pas le souvenir qu’une telle théorie ait été portée par des gens sérieux. La langue arabe est la langue du Coran, ce qui lui confère une importance et une valeur spéciales pour les musulmans; mais s’agissant de sa sacralité, ils enfoncent une porte ouverte. Et puis arrive mon bémol. Ils disent donc:

On a bien fait dire au prophète Muhammad que, de toutes les langues, c’est l’arabe qui était sa préférée parce qu’elle est «la langue des gens du paradis» (lughat ahl al-janna), mais ce pseudo-hadith est considéré y compris parmi les grands maîtres de l’école juridique hanbalite comme une «forgerie» (mawḍū‘). Et, de ce fait, il entre dans la catégorie du «munkar al-ḥadīth» que tout érudit religieux scrupuleux et probe se doit d’éviter. Or, ce même prétendu hadith est réhabilité par le salafisme moderne. Son maître à penser Muhammad al-Albani l’a repêché en le faisant entrer dans la catégorie des hadiths faibles (ḍa‘īf al-ḥadīth).

Il y a quelques mois, une vidéo dont ils parlent dans l’article a fait le tour du web. On y voyait une enseignante se filmant avec ses élèves à qui elle vantait les mérites et la beauté de la langue arabe qu’ils devaient utiliser exclusivement en classe et d’ajouter que c’était la langue du paradis. S’en suivaient une enquête des services de la ministre dont je ne connais pas les conclusions, des interviews à la télé de l’enseignante, des campagnes hystériques de soutiens en ligne et dans les médias et autant de dénonciation, dénigrement et moquerie. Sur Twitter, ma TL algérienne francophone a, sans surprise, majoritairement versé dans ce dernier type, et personne n’avait songé à réfuter les dires de l’enseignante. L’action de l’enseignante est critiquable à plus d’un titre, ne serait-ce que pour avoir filmé des mineurs dans une classe et mis la vidéo en ligne, et aussi pour avoir raconté des bêtises. Et concernant la réfutation, j’ai dû le faire et je n’en suis pas mécontent car je réagis d’habitude par l’ironie/sarcasme et rarement sérieusement, et surtout parce que ça me sert ici à réfuter la grosse erreur factuelle faite par les auteurs de l’article.
Les universitaires prétendent donc que Al Albani a réhabilité le hadith en question en l’élevant de la catégorie de forgé/faux à la catégorie de faible. Un rapide tour sur Google suffit pourtant pour confirmer que c’est faux.

  • D’abord, le titre du recueil d’Al Albani est: “سلسلة الأحاديث الضعيفة والموضوعة وأثرها السيئ في الأمة”. C’est donc un recueil des hadith faibles et forgés et il y parle de leur effet néfaste (aux deux).
  • On y retrouve deux versions du hadith, en 160 et en 161. Et pour les deux, il y a clairement écrit que les deux sont forgés.

Il y a donc tromperie. Je ne sais pas lequel des six a pondu cette partie mais que ni lui/elle ni ses cinq cosignataires n’aient songé à faire une petite vérification, c’est indigne d’universitaires de renom voulant faire un papier de valeur. On peut reprocher de choses au salafisme et j’en lui reproche mais ce n’est pas une raison de le rendre responsable de la propagation de ce faux hadith. Je vous ai dit que je ne plaisantais pas avec les faits, ce n’est hélas pas le cas de tout le monde.

Mon billet risque d’être aussi long que l’article dont il traite alors je vais passer rapidement sur les affirmations gratuites, non prouvées et caricaturales indignes encore des académiciens, du type:

  • La vidéo de l’enseignante témoigne que le discours basé sur de faux hadiths tient lieu de religion de l’école algérienne.
  • Les “authentiques” (sarcasme de leur part) défenseurs de l’arabité et de l’islamité de notre éducation nationale cherchant à faire dégénérer leur guerre de l’école en guerre civile.
  • Le salafisme moderne ayant détruit dans notre pays les différentes qualifications islamiques légales.
  •  Il n’y a plus que l’ibadisme qui témoigne pour la religion de nos pères. (C’est à se demander si notre ministre des affaires religieuses, Mohamed Aissa, n’a pas participé sans être crédité à cet article!)

Une grande partie de l’argumentaire tombe à l’eau donc avec cette affirmation erronée. Mais il y a plus… ou moins. Dire que “dans aucun pays du Maghreb et du Mashriq, la langue arabe – langue de l’enseignement public – ne suscite et déchaîne autant de passions qu’en Algérie” puis attribuer tout ceci à ce qu’ils appellent le néo-salafisme me parait contradictoire. D’abord, ils font l’erreur de considérer le salafisme comme un ensemble monolithique, la même erreur que font d’autres en parlant du monde musulman pour faire entre autres des lectures essentialistes. Et puis, le salafisme se trouvant un peu partout, s’il était LA SEULE cause de tous ces dégâts chez nous, comment se fait-il que ces mêmes dégâts ne soient aussi visibles “dans aucun pays du Maghreb et du Mashriq”?

Ils disent que “moins les croyants en savent, plus ils consentent à leur asservissement.” Est-ce vraiment une technique à analyser sur l’aspect religieux uniquement? Dois-je donner des exemples? Le croyant vit-il en dehors de la société ou est-ce aussi un humain, un citoyen? Tarhib et Targhib, des équivalents ailleurs dans la société peut-être?

Et que dire de ce raccourci magnifique “il ne vous échappe pas que du tarhīb à l’irhāb, il n’y a qu’un pas“? Voilà, j’ai du mal à garder mon sérieux en lisant ça. Pardon khawti khwatati (hommage aux vidéos de Abdou Semmar au pays des merveilles) mais ça m’avait échappé!
Ils disent que l’hégémonie du néo-salafisme gangrène l’école depuis des décennies et que l’État devrait la lui arracher. Boubekeur Benbouzid appliquait-il une politique néo-salafiste durant son règne désastreux sur l’éducation nationale? Quid des autres ministres? Quid de 1963? Bon, si j’en crois Mohamed Aissa, l’État a réussi à arracher les mosquées aux salafistes; peut-être qu’il devrait demander à ces mosquées libérées de prendre en charge les écoles? Quand je vous dis que j’ai du mal à rester sérieux!

J’avoue qu’en lisant cet article, et ça sera mon dernier point sur le salafisme, je pense à la théorie selon laquelle les juifs, maçons et assimilés contrôleraient le monde. Alors oui, pourquoi Boumediène a-t-il abandonné son projet de réforme? Pourquoi Chadli? Pourquoi Bouteflika? Oui, les salafistes sont partout et contrôlent le monde. Pardon mais LOL. Soyons sérieux, et je me répète, le salafisme est critiquable à bien des égards mais il n’est pas responsable de tous nos problèmes.

Je fatigue et j’imagine que c’est aussi votre cas, pour ceux qui sont toujours là, alors je vous propose de clore la session. N’hésitez pas à faire des recherches par vous-mêmes pour approfondir les points que j’ai critiqués vers la fin sans argumenter pour éviter d’allonger encore davantage le billet.

J’ai dit sur Twitter que la contribution était intéressante et méritait une discussion. Je fais un bout ici et j’espère que des gens plus au fait et plus savants que moi, avec des solutions, y contribueront dans la sérénité. Nos universitaires ont dit des choses justes à mon sens mais ont malheureusement fait fausse route en désignant UN SEUL coupable et fermant l’oeil sur d’autres éléments plus importants. Ils ont pris un symptome pour un diagnostic et on sait ce qui se passe dans ces cas. Ils ont commis l’erreur d’affirmer un mensonge et de baser dessus leur argumentaire, donnant un sacré coup à la crédibilité de leur texte chez les non-conquis d’avance. On pouvait s’attendre à mieux de leur part, c’est décevant, d’autant plus pour Djebbar que j’apprécie. J’aurais également préféré qu’ils fassent une série d’articles impliquant une continuité dans la réflexion; le sujet le mérite bien et peut-être qu’ils auraient été moins légers.

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5 thoughts on “Sauvons notre école! D’accord, mais de quoi au juste?

  1. En ma qualité de pur produit de l’école -“poubelle”- algérienne, qui n’a rien enseigné durant soixante ans, je vais tenter d’analyser ce texte. Je présice : tenter. Je ne garantis pas le résultat. Et tu vois pourquoi tu perds tes lecteurs Mnarvi, tu donnes trop de devoirs.
    Eh bien oui, signe de notre temps, les internautes préfèrent lire un texto qu’une dissertation. Regarder une vidéo ou juste une image. Le micro-blogging a tué le blogging, on le constate depuis quelques temps déjà. Comme les technologies tuent les langues, nous dit-on. En France le débat sur la langue et sur la simplification de la grammaire et de l’orthographe s’enflamme épisodiquement. Pour l’arabe heureusement, le problème ne se pose pas. Féminin, masculin, pluriel, présent, passé, futur, tout s’accorde, le plus simplement du monde. Même si quelques médias s’acharnent à cultiver la médiocrité. Juste en exemple -et au pif- la chaîne “Laki” (avec un ي) d’Ennahar…

    Ce n’est donc pas un débat exceptionnellement algérien que celui de la langue. Ni celui de la religion à l’école d’ailleurs. Aux États-Unis, le débat entre créationnisme et Intelligent design y est virulent. En Algérie, le rouleau compresseur de la colonisation française a laissé des traces que les algériens travaillent à effacer, aujourd’hui encore. L’Islam et la langue arabe ont été la principale cible du colonisateur en Algérie, car principales composantes de l’identité du colonisé. C’est logiquement donc, qu’ils ont été au cœur du combat pour l’indépendance. Cette vérité ne semble pas très importante aux yeux de nos Professeurs qui, dans le texte, la balaient d’un revers de la main. Ils ne l’abordent même pas. Elle n’existe pas.
    Au contraire, et passé l’introduction, ils pointent immédiatement du doigt le (seul) coupable (à leurs yeux)  du naufrage de l’école : les “faux défenseurs” de la langue arabe.  “Ceux qui la défendent bruyamment”. Ceux qui “affectent de s’indigner pour elle”. Les “adeptes de la sottise” qui ont “hystérisé le débat”, à force d’une “rhétorique au caractère abrutissant” pour “faire dégénérer leur guerre de l’école en guerre civile”. Car, il ne doit pas nous échapper que “du tarhib à l’irhâb, il n’y a qu’un pas”… Mais qui sont-ils ces criminels? Il est urgent de les identifier. Ce sont les “salafistes” ou les “néo-salafistes” qui “défendent l’école au nom de la religion” et qui la “gangrènent depuis des décennies”. Mis les uns à cotés des autres, ces jugements de valeurs et ces allégations sont impressionnants. Malheureusement, indignes d’intellectuels “scrupuleux et probes”.

    Inutile de reprendre tout ton post Mnarvi et tu me facilites bien la tâche. Est-ce que j’ai dit que tu méritais 10/10? Exagéré en effet. Mais ça restera quand même au-dessus de la note que méritent les auteurs de cette contribution. Et eux, comment notent-ils leurs étudiants?

    Devoir n°1 : En basant sa démonstration sur un faux énoncé qu’obtient-on en résultat?

    Devoir n°2 : Une belle rhétorique excuse-t-elle des erreurs de raisonnement?

    En effet, il suffit de prouver que l’allégation au sujet du Hadith est fausse pour détruire tout le texte. Et il suffit d’une seule fausse allégation pour douter de tout le reste. Tel l’avis d’Abou Hanîfa au sujet du Coran, qui ne tient pas debout, en sachant qu’Abou Hanîfa conditionnait l’enseignement ou la récitation du Coran aux non-musulmans, par l’objectif de les intéresser à l’Islam. Et sachant que les (tous) Savants musulmans sont unanimes au sujet du Coran. Il Est une Parole Sacrée car Parole d’Allah. La langue arabe par contre n’est pas sacrée. Et le Coran qui Est la Parole d’Allah n’a pas été révélé en graphie mais justement en parole, à un Prophète illettré.

    Il aurait donc été plus intéressant, certainement fructueux et moins fatigant, d’éviter toute cette gymnastique et aller droit au but. Car moi au bout, je n’ai compris ni le sens, ni la portée de ce texte. C’est certainement la faute de l’école algérienne… Il n’en demeure pas moins que le texte est assez confus sur sa finalité, et il comporte des contradictions.

    Il dit vouloir contribuer à trouver une réponse commune en hâtant la réflexion sur les questions nationales et sociales. Pourtant, il ne se gêne pas de vite clouer au pilori tous ses potentiels contradicteurs en leur collant au préalable une étiquette et en forçant le trait.
    Il nous apprend que la langue arabe est belle et qu’elle est mal apprise et mal enseignée depuis qu’elle a été coupée de ses classiques, mais il accuse ses défenseurs d’être des “néo-salafis”. (Tahar Ouettar par exemple?)
    Il veut que la langue arabe soit bien enseignée car elle est une affaire de pensée et de culture, pourtant la réforme de l’école et sa modernisation doivent vite passer par l’ouverture au monde et le plurilinguisme. (On comprend mieux la photo sur Le Monde).
    La religion bien comprise ne s’oppose pas à la modernisation de l’école et de l’éducation or la religion ne doit pas envahir tout l’espace scolaire, au risque de sa stérilisation totale.
    La religion bien comprise ne s’oppose pas à la modernisation de l’école et de l’éducation or les cerveaux des élèves doivent se libérer de tout ce qui les encombrent et les empêche de s’épanouir par l’éducation, la culture et la science.
    D’un côté il y a des lobbies convulsifs plus portés à l’agitation et à la verbosité. Il y a une hystérie, une guerre de l’école et d’un autre côté le rapport de la commission de réforme est publié en ligne dans l’indifférence totale. Aucun des pédagogues n’a jugé utile de s’en saisir.
    En introduction, il est question de la langue arabe et du mauvais état de son enseignement. En conclusion, il s’agit de halâl, de harâm, de libre-arbitre, d’un crédo philosophique, et d’un “être-au-monde”.

    Si un texte censé nous offrir une bouée de sauvetage pour l’école est aussi confus, approximatif et erroné, on va excuser les jeunes élèves d’aujourd’hui. Et il n’est pas question ici de mettre en doute la neutralité absolue du texte. Et son détachement total d’une quelconque tendance politique ou idéologique. Il n’est pas question non plus de mettre en doute ma neutralité. J’ai juste fait une étude de texte tout comme j’ai appris à le faire à l’école.

    • Welcome Refutation et merci pour le commentaire. Et pour la note aussi 🙂

      Tu as parle de l’horrible لكي d’Ennahar Laki mais encore plus moche, car tres largement visible dans toute la presse arabe et pas seulement algerienne, est المبتدأ ou الفاعل que l’on trouve منصوب quand il doit etre مرفوع.

      J’ai parle de la photo d’ensemble incomplete que dresse l’article et tu en donnes un exemple avec l’aspect non negligeable de la colonisation francaise. Et lire le paragraphe ou tu mets bout a bout tous les qualificatifs utilises pour designer le coupable selon eux fait encore plus mal a l’article. Et merci d’avoir parle du cas d’Abou Hanifa et de son avis sur le Coran, j’ai egalement fait une petite recherche mais je ne voulais pas ecrire 5000 mots pour parler de cet article 🙂

      Pour finir, les differents elements que tu pointes vers la fin donnent l’impression que ces auteurs ont essaye de converger sur une position consensuelle entre eux six, ne pas rejeter la langue arabe comme le font d’autres, ne pas rejeter l’enseignement de l’Islam comme le font d’autres. Ils n’ont pas voulu trop pencher du cote de ceux dont ils n’ont pas parle mais ils n’ont pas fait l’effort necessaire pour rendre leur position tout a fait coherente et confortable.

  2. Houla! quel post! 🙂
    Le problème de l’école algérienne, est tellement complexe qu’il est difficile de le résumer en un seul texte comme celui-là. Je veux dire cette contribution des-dits chercheurs. Ils ont essayé, mais on dirait qu’ils n’ont pas échappé, eux non plus, aux “luttes d’influence et de pouvoir, d’intérêts et de positions divers, les partis pris, la mauvaise foi, l’entêtement des uns et des autres”. Le pire est d’avoir menti (?) sur cet élément central dans leur argumentaire au sujet du hadith. Mais aussi d’avoir considéré la vidéo de la prof comme preuve. Quand on sait comment les réseaux sociaux fonctionnent… un évènement mineur amplifié par l’effet du buzz et le tour est joué. Que devient la prof au fait? 😉
    L’école a besoin d’une réforme, tout le monde est d’accord sur ce point. Personne ne peut dire le contraire. Mais si certains s’entêtent à vouloir réformer sans consulter tous les concernés, et là c’est toute la société qui l’est, ça ne réussira jamais. Sinon, on risque de voir dans quelques temps, la fracture grandir au coeur de la société. Il y a déjà les écoles privées. On nous parle d’ouvrir des universités privées aussi, et voila! Chacun ira, selon ses moyens bien sur, dans l’école de son choix, et tag 3la men tag :/

  3. C’est le milieu de la session exceptionnelle du bac qui se deroule du 13 au 18 du mois et qui a ete decidee par le pouvoir, le president lui-meme a ce qu’il parait 😀 La raison officielle est de donner une seconde chance aux lyceens qui n’ont pu y participer en Juin dernier car arrives en retard a l’examen, et accessoirement, faire plaisir a leurs parents. N’ayant pas de liste des retardataires, cette session est donc ouverte a tous ceux qui etaient absents en Juin, environ 100000 dont ~10% de scolarises et ~90% de candidats libres (qui sont connus pour s’inscrire et ne pas se presenter aux epreuves).

    Les premieres statistiques sont donc sans surprise en parlant d’une majorite d’absents a cette seconde session.

    Je n’ai plus envie de parler de ce sujet a vrai dire, le cout de cette seconde session, les coupures d’internet pour “empecher” la triche et divulgation des sujets, la mobilisation pas du tout raisonnable des services de securite, la ministre, excellente et rompant avec les pratiques du regime a ce qu’il parait, mais qui ne demissionne pas malgre son desaccord, nous dit-on, avec l’organisation de cette session, le devoiement du bac en tant qu’examen a portee nationale et donnant les memes chances a tous les eleves, le pietinement de plusieurs principes et de valeurs qu’auraient du apprendre ces eleves durant leur courte vie, etc.

    Bref, comme je ne veux pas en parler, je partage cet article du Pr. Chitour. Je ne partage pas toujours ses analyses et ici non plus, mais il a le merite au moins de parler de certains maux reels de notre systeme educatif et de proposer des pistes concretes tout en mettant de cote ce debat ideologique sterile qui nous fait tant de mal (tous secteurs confondus) et dont l’article a l’origine de ce post a fait son sujet principal.

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