La méthode algérienne?


Meddi_democrate

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Hier, et suite à la tuerie de Nice en France, un journaliste algérien, rédacteur en chef de l’édition du week-end d’El Watan, a publié le statut ci-contre sur son compte Facebook. Il y fait l’apologie d’une certaine méthode algérienne de lutte contre le terrorisme et dit son soutien à 200% à Athmane Tartag qui a dirigé le CPMI lors de la décennie noire et qui a toujours un rôle important dans l’appareil du pouvoir du quatrième mandat. J’ai réagi à ce message sur Twitter comme l’ont fait d’autres TwittoDZ. Il s’en est trouvé aussi pour le soutenir.

Mais j’ai tendance, du fait de mon impatience, à limiter mes réactions sur Twitter pour ne pas m’étaler sur N tweets (limitation à 140 caractères par tweet). Et c’est pour celà que je fais ce post.

Je pourrais répondre pratiquement à chaque mot du message du journaliste mais je vais me restreindre à ces quelques observations qui ne sont pas exhaustives:

  • Le journal pour lequel il travaille se vante d’être la voix élitiste de la partie démocrate et progressiste de la presse algérienne et de la société entière. Il lutterait contre les conservatismes et serait l’anti Ennahar (journal arabophone populiste et trash). Certains le croient, mon avis est différent.
  • Le journaliste en question passe beaucoup de temps sur Twitter à critiquer, à juste titre, l’attitude du pouvoir vis-à-vis des manifestants de tous genres, de la presse, de la démocratie, des droits de l’homme. Mais ceci ne l’empêche pas d’aller à l’encontre de tout celà dans son message. Il n’est pas à un paradoxe près. J’ai en effet souligné une contradiction dans un post précédent et un post futur va en souligner une autre, si j’arrive à le terminer. En même temps, on trouve bien des “démocrates” qui sont prêts à soutenir la tentative de coup d’état en Turquie la nuit passée du moment que le président élu démocratiquement se montre autoritaire et que la personne derrière le coup a l’air moderniste(!!) Une autre méthode algérienne sans doute testée en 1992 avec le résultat que l’on sait et soutenue par des démocrates éradicateurs.
  • Le journaliste est donc prêt à oublier tous ses beaux principes pour “traiter” le terrorisme et demande même à faire payer la famille et les amis d’un terroriste. Punition collective donc, pourquoi pas tout le quartier ou la ville tant qu’on y est, appliquons la politique de la terre brulée. Et ça pleurait il y a quelques jours quand la France n’avait pas autorisé une dame algérienne à entrer sur le territoire français, un peu du fait de sa nationalité mais surtout pour dossier incomplet.
  • En plus d’appeler à de tels traitements arbitraires, illégaux, inhumains et abjects, le journaliste érige l’état algérien actuel et dans sa version la plus sombre des années 90 en modèle à suivre. Ce n’est plus un paradoxe, ce n’est même pas de l’incohérence. C’est tout simplement une négation de la démocratie et une preuve si besoin est que ces démocrates pensent être les seuls dignes de bénéficier de ces grands principes que sont la démocratie, les droits de l’hommes, la dignité, la justice, et certainement pas leurs adversaires idéologiques.

Revenons à présent à cette méthode algérienne et à ce Tartag soutenu à 200%. J’avais commencé un post dans lequel je parlais de trois livres différents. Je n’ai pas réussi à le terminer car je n’ai pas pu aller au bout du troisième livre. Je ne vais sans doute jamais y arriver alors je profite de cette occasion pour publier ce que j’ai déjà écrit, complètement retravaillé pour l’occasion et réécrit en français. J’avais titré ce post “We must never cross some lines” et j’aurais pu le garder pour ce post que je publie aujourd’hui tellement il convient parfaitement.

Le premier livre, “la gangrène” aux Editions de Minuit, contient les témoignages de sept détenus algériens victimes de tortures pendant la guerre de libération. On y lit les atrocités commises par les services français de la DST avec la collaboration du système judiciaire et une partie du corps médical. Il n’y avait pas d’autre solution, n’est ce pas, c’était la méthode algérienne (oups!) qui était efficace pour recueillir les informations et faire peur aux terroristes du FLN.

Je me souviens qu’en lisant ces témoignages, très dûrs, je réfléchissais à ce qui s’était passé dans cette Algérie indépendante. L’un des détenus était en effet Béchir Boumaaza qui avait occupé des positions importantes sous Ahmed Ben Bella alors que ce dernier s’amusait à son tour à torturer ses opposants dont Ahmed Taleb Ibrahimi qui a raconté dans le second livre, ses mémoires, les tortures qu’il avait subies et qui avaient failli le pousser au suicide essentiellement parce que son père Bachir Ibrahimi ne soutenait pas le président. On voit bien comment cette méthode algérienne, qui n’est pas si algérienne finalement, faisait payer la famille.

Le troisième livre, l’Algérie en murmure, est celui que je n’ai pas réussi à finir tellement il m’a boulversé avec tous ses détails. Il est disponible en ligne et vous pouvez donc y jeter un oeil. Sa version électronique me permet aussi de copier un extrait pour ceux qui ne feront pas l’effort ou n’auront pas envie de le lire. Il parle des tortures subies par des islamistes ou supposés comme tels aux mains des agents de la police algérienne et du DRS, certains dans les locaux du CPMI dirigé par Tartag que supporte le journaliste démocrate d’El Watan à 200%. Les tortures subies par des gens kidnappés à leur domicile devant leur femme et enfants, ou dehors. Les tortures subies par les amis ou les parents des “suspects” devant eux; oui on faisait payer les familles et les amis, très cher même.

Bref, je vous laisse lire cet extrait (page 30 du livre) et je termine ce post écrit rapidement par un na3albou votre démocratie si c’est ce qui vous dicte de tels messages abjects et vous fait soutenir de telles méthodes.

Parmi les menaces de violences rapportées dans les dépositions, celle qui est la plus citée est la menace de viol d’une parente : l’épouse, la fille, la sœur où la mère. Durant son procès, Rachid Hechaïchi, exécuté depuis, a rétracté ses aveux obtenus sous onze jours de tortures et a indiqué que ses tortionnaires avaient fait pression sur lui, entre autres exactions, en faisant tinter les clefs de son appartement où son épouse enceinte et sa mère résidaient. La menace de tuer une tierce personne est aussi parfois utilisée, comme il ressort du témoignage de Slimani : “Un des gendarmes m’a mis le canon de son pistolet sur la tempe en sommant mes enfants de parler sinon il m’achèverait”.

Update (19 July 2016):

Le journaliste revient sur le sujet dans un post que je partage sans commentaires.

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5 thoughts on “La méthode algérienne?

  1. On passe du léger au lourd, très lourd, là! Je n’ai pas lu La gangrène, ni les mémoires de Taleb Ibrahimi, mais l’Algérie en murmures si, je l’ai lu. En deux phases. La première quelques pages et puis on prend la fuite. La deuxième, on reprend son souffle, et on continue malgré la douleur. C’est un livre très douloureux. Au sans physique du terme, sans parler du moral. ça m’a pris du temps pour le terminer. C’était pénible. J’aurais aimé lire ensuite, parce qu’il y est cité le livre de Vergès “Lettre ouverte à des amis algériens…” mais je ne l’ai trouvé disponible (en ligne) qu’en anglais. On y perd donc le beau verbe, inégalable, de Jacques Vergès.
    Et sans le chercher, j’ai vu juste après avoir fini le livre, le documentaire : “Les 3 couleurs d’un empire”. L’association de ces deux “documents” ensemble, offre une vision extraordinaire sur tout ce qui s’est passé pendant des décennies chez nous. Une lecture claire. Je te conseille de faire le voyage jusqu’au bout. ça en vaut la peine. Tu comprendras mieux toutes ces “convulsions” et leurs symptomes…

    • Pour l’Algerie en murmure, je crois qu’il me faudra encore quelques moins avant de penser a reprendre la lecture. J’ai juste termine le premier chapitre.

      C’est pour ca que je trouve aberrant pour pas dire choquant, revoltant que l’on puise faire de tels messages et pretendre defende de quelconques droits humains. Apres, chacun assume ce qu’il dit.

      J’ai vu les trois couleurs de l’empire. Poignant. Voici le lien vers la version complete.

  2. Commentaire de l’update du 19/07 : et puis après tout, quelle importance? Je ne suis pas journaliste, ma critique ne sera pas pertinente. Explication plus maladroite encore…
    رب عذر أقبح من ذنب

    • Je trouve aussi. Il est connu que les journalistes sont souvent tres pertinents🙂 Et puis je n’ai pas regarde sur Facebook, mais je n’ai pas vu d’insulte ou d’invective sur Twitter.

      • Si tu as un avis contraire et que tu n’es pas journaliste, c’est forcément de l’invective et c’est impertinent -_-

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