PoF Leak: Kamel Daoud, contre-enquête


Faisant suite à une demande pas si massive de pas grand monde, je vous propose une traduction en langue française du billet PoF Leak: The Kamel Daoud Investigation. Vous pourrez ensuite consulter les commentaires déjà publiés sur les deux billets précédents.
J’ai cherché un traducteur en vain et je dois donc le faire moi-même. J’essaie de faire attention mais je vous prierais de pardonner les éventuelles absences d’accent et les mauvaises concordances des temps. J’ai depuis longtemps perdu l’habitude d’écrire la France à moins que je ne sois un précurseur de la nouvelle langue française. Voici donc l’article.

Vous avez été nombreux à avoir entendu parler des articles écrits par le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud et ayant lien avec ce qui est désormais appelé “les agressions de Cologne”. Les habitués du blog devinent mon désaccord avec le chroniqueur. Je me suis en effet satisfait de quelques commentaires sur Twitter et je n’ai pas senti la nécessité de leur dédier un billet. Beaucoup de monde l’a fait avec des articles plus ou moins intelligents. Celui-ci fait partie des meilleurs, à mon avis, et le reste peut aisément être trouvé grâce à Google.
L’histoire aurait pu s’arrêter avec les lettres échangées entre Adam Shatz et Daoud et l’annonce de ce dernier d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la litérature. Mais c’était sans compter sur les nouvelles réactions de soutien à Daoud…

Vous-vous demandez sans doute pourquoi donc est-ce que je fais ce billet.

J’ai lu cet article partagé sur Twitter et dans lequel on apprend qu’une note de l’armée américaine contient ces affirmations: “Je crois que les jeunes musulmans sont motivés à rejoindre des groupes radicaux en raison de la privation sexuelle” et “la prolifération du salafisme militant ainsi que le hidjab (voile) contribuent à l’idée du terrorisme passif”. L’auteur de ces inepties est un certain Dr. Tawfik Hamid qui se décrit comme un ancien militant de la Djamaa Islamiya. La ressemblance avec la thèse de Daoud est évidente, et la chose devient plus intéressante encore si l’on sait que Daoud se décrit également comme un ancien islamiste. Il aurait eu une barbe, distribué des tracts et il aurait même été l’imam de son lycée.

Un journaliste algérien a noté ces traits communs et a décidé d’enquêter sur le prétendu passé islamiste de Kamel Daoud – oui, le journalisme d’investigation en Algérie n’est pas un mythe et les journalistes algériens ne se contentent pas de prendre ce qu’on leur raconte pour argent comptant et de le commenter comme on le ferait dans un café (et je ne vise pas ici le CPP).
Notre journaliste s’est donc déplacé dès hier soir sur Mostaghanem, ancien lieu de résidence de Daoud, en espérant y trouver des gens qui l’auraient connu adolescent. Et la tâche s’est avérée fructueuse puisqu’il y a rencontré Belkis et Slimane, deux camarades de lycée de Daoud. Il leur a donné rendez-vous le lendemain à midi et a enregistré leur échange pendant qu’ils faisaient revivre leurs souvenirs.

Le journaliste, ne pensant pas pouvoir publier son article, a décidé de nous offrir la transcription du dialogue pour l’incorporer dans notre série de PoFLeaks (les fuites/indiscrétions de notre blog pour les non-habitués, toutes fausses évidemment).
N’étant ni sociologue ni psychologue, ce billet ne contiendra aucune tentative d’analyse et les échanges plus-bas sont donnés tels qu’enregistrés. Seule une partie qui me semble être la plus utile est cependant partagée car la rencontre Belkis/Slimane a duré près de 2 heures.

Belkis: Je me rappelle qu’avant de vous connaître, mes copines et moi avions peur de vous. Vos barbes et Daoud le taciturne y étaient pour beaucoup.
Slimane: On nous appelait des islamistes alors que nous n’avions pas encore 14 ans. La vérité (rires) est que nos parents ne nous avaient pas permis de nous raser. Ils disaient que nous étions trop jeunes. Du coup, la barbe, elle pousse naturellement.
Belkis: Mais Daoud avait toujours sa barbe au lycée!
Slimane: C’est vrai. Son père était très sévère et ne l’avait autorisé à se raser qu’à l’age de 18 ans. J’ai rasé la mienne à 15 ans. Mais dis-moi, comment se fait-il que tu te rappelles si bien de lui?
Belkis: (Sourire gêné) En fait, il avait demandé ma main quelques semaines avant d’enlever sa barbe. J’ai dit non. Imagine, il voulait que je mette le voile.
Slimane: C’est vrai? Il ne m’en a jamais parlé. Et le voile? Bizarre!
Belkis: Vous étiez des islamistes non?
Slimane: Ben disons que nous étions de jeunes musulmans pratiquants.
Belkis: Après quelques semaines, il n’avait plus de barbe mais n’avait toujours pas le sourire. il me demanda de sortir avec lui.
Slimane: Barbe et mariage puis pas de barbe et copinage. Il a toujours été ainsi, pas de zône grise ni de nuance.
Belkis: Oui et là aussi j’avais refusé. Il ne comprenait pas le fait que de ne pas mettre le voile ne voulait pas dire que j’acceptais de sortir avec des garçons. Il me lança un “tu es une femme rétrograde sexuellement.  Pas seulement toi, toutes les femmes algériennes et musulmanes sont rétrogrades”. On ne s’est plus jamais reparlé. (Silence) J’ai brisé son coeur à deux reprises. (Rires) Peut-être que je suis cet amour déçu dont parle Adam Schatz dans son article.
Slimane: Dans son dernier article, Daoud dit que ce sont nous les hommes algériens et musulmans qui sommes misérables sexuellement.
Belkis: C’est une certitude! Blague à part, je trouve ironique que je sois en hidjab aujourd’hui sans que personne me l’ait demandé, et que lui, ait divorcé en 2008 après que sa femme en ait mis un.

Belkis: Tu dis donc que vous n’étiez pas d’authentiques islamistes? Comment se fait-il alors que Daoud ne regarda jamais une fille dans les yeux?
Slimane: Tu l’as dit, il était taciturne et plutôt sensible. Il devenait rouge quand il parlait aux filles alors, regarder une fille dans les yeux, n’en parlons pas! Un jour il nous dit que c’était interdit.Il l’aurait lu dans El Mawdoudi ou El Mahboubi ou que sais-je.
Belkis: Vous étiez nombreux à le suivre…
Slimane: Nous étions jeunes et avions besoin de nous attacher à quelque chose. Pour certains, c’était la musique ou le sport, et ce fut la religion pour nous. Et puis il lisait beaucoup, j’avoue que j’ai des doutes sur sa compréhension de “Revivification” d’El Ghazali qu’il dit avoir lu à l’age de 13 ans. Il en savait plus que nous et il nous dirigea quelques fois pendant la prière. Tu te souviens de la salle des vestiaires qu’on a tranformée en salle de prière?
Belkis: Oui, et de la grève que vous aviez menée pour amener l’administration du lycée à l’accepter.
Slimane: C’était le bon vieux temps. Nous avions des idéaux et nous nous sommes bien amusés.

Belkis: Aujourd’hui je me demande comment il est devenu l’homme qu’on lit sur LQO. Il n’était peut-être pas un vrai islamiste mais il avait la foi?
Slimane: Attends, tout ce dont tu parles a eu lieu entre nos 13 a 18 ans. Tu ne penses sérieusement pas que nous savions ce qu’était un islamiste. Bon, il se peut qu’il l’ait su lui, il était le plus intelligent (rire). En fait, il a dû changer après qu’il ait lu “Elle s’avança vers moi nue” dont il a parlé dans l’entretien qu’il a eu avec la République des livres. Je suis confus pour tout te dire, crois-tu qu’il ait lu tous ces romans érotiques français, le Saint Coran, El Ihyaa et El Mawdoudi dans cette même période durant laquelle il fut un leader islamiste.
Belkis: Tu es un impertinent! J’aime à croire qu’il a cessé d’être un islamiste parce que je l’avais rejeté.
Slimane: Ouais, que ce soit toi ou une des femmes sorties de ses romans français, ça ne peut être qu’une femme!

C’est tout pour les échanges intéressants. J’espère que ce billet vous sera utile dans vos tentatives d’appréhender ce qu’est Kamel Daoud 😀

One thought on “PoF Leak: Kamel Daoud, contre-enquête

  1. Sur l’article “contre-enquête” de Adlene Meddi qui n’a lui par contre fait aucune investigation 🙂 il a écrit : “Même si, selon ses avocats, ce répit sera de courte durée. Les salafistes vont tenter de médiatiser encore davantage ce procès, joueront aux martyrs afin de renverser la vapeur.”
    D’abord, pourquoi KD ne mediatiserait-il plutôt lui, ce procès “symbole” ? Ou bien est-ce parce qu’il ne s’agit pas de “mediatisation” mais de “procedure”, les voies du recours pour l’autre partie étant encore ouvertes… Pourquoi KD ne prend pas à coeur ce procès autant qu’il accorde d’importance à répondre aux critiques d’outre-mer?

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